Extrait déterré #1

A toi, à l’autre bout, à l’autre but.
Une bouteille à la mer. Ultime témoignage de deux ans de guerre en moi. Je mens. Tu n’es pas le premier belliqueux, tu fus même le prix Nobel de ma paix, cet été là. Et pourtant à l’heure qu’il est c’est un véritable cessez le feu qu’Emma me supplie de lui accorder. Emma c’est celle d’un certain été, c’est la nymphe, Déméter, Fatma, l’enfant, la femme parmi les femmes avant d’être l’amante, et l’amante. Ma dormeuse que ta rencontre a éveillée.
Oh non, cher toi, ne crois pas que tu es l’unique provocateur de cette conflagration. Tu n’es responsable que de n’avoir pas envoyé tes archers au combat. Puis-je t’en vouloir ? Tu es peut-être fait ainsi.
Peu importe. Je n’ai jamais eu peur de toi tu sais, je n’ai jamais craint ni ta faroucheté, ni ta folie. J’y aurais été, sur cette caillasse de toi, je n’aime pas les routes lisses de bitume, je ne les ai jamais aimées. Elles n’ont rien à offrir que de grandes villes sèches et stériles que l’on consomme en moins de deux, pensant qu’on est au cœur de tout, en sifflant trois mirages dans une bouteille de vin qui vient justement d’ailleurs. Et qu’est-ce que ça peut bien te foutre, Foissac, si je n’ai pas l’air équipée ?
Non, toi tu préfères me dire que tu n’es pas passé à autre chose, que tu veux que l’on construise ensemble, tu préfères m’envoyer ces mirages façon mégalopole en recommandé avec accusé de réception pour mieux disparaitre dans un de ces nuages de fumée blanche dont tu as le secret.

Alors tu étais sincère ? Je le crois. Et pourtant, cela ne change en rien l’escroquerie.
Escroc, je t’en veux, retiens-toi donc si tu préfères disparaître, si au bout du compte tu as peur de ta propre folie, car tu es bien le seul. Si tu es incapable d’honorer tes dires alors abstiens-toi. On ne dit ces choses là que si l’on chérit assez pour s’en acquitter. Merde, je m’en contrefoutais de ta perfection à deux balles, j’en ai jamais rien eu à foutre des preux chevaliers et de leur mandolines à la con.
Putain, F., on se serait peut-être entretués, mais au moins t’aurais conjuré le sort.
C’est toi que je cite : « Comme tu me le disais ce matin, la porte est grande ouverte et ne se refermera jamais. » Fais attention à tes doigts dans l’entrebâillement, car le vent souffle fort par les temps qui courent.

Dionysos

Je n’avais rien oublié, pour que tu te souviennes. Pas un souffle de parfum, pas un cheveu. Parfois peut-être y médites-tu, ému, en grillant ton einième cigarette. Ta bouche a encore ce goût sauvage, ce goût de gibier, de frénétique liberté.

Sublime guerrier gitan, lorsque ton heure vient, tu couvres ton fier chef du plus simple borsellino et grimpe fermement, trompette d’or en main, pour imiter les oiseaux.

C’est l’illumination: tu les comprends, sans les envier puisque tu en es un, toi aussi.

Chiron en cancer

Prière

« Rise and shine » sont les mots qui résonnent, dans le giron de cette ligne de basse inconditionnellement initiatique. Un seul appel, l’introspection. La connaissance de soi et l’amour de tout ce qui nous définit, au beau milieu de cette infinité de combinaisons.

Après l’introspection, l’explosion (elle aussi, jouit du vocabulaire de l’intuition) du soi tout entier, dans toute sa beauté.

Aujourd’hui, on a atteint l’illumination. Les derniers échos de ce morceau m’ont laissée nue, alors je le remets pour avoir un peu plus chaud.

Drôle de rêve cette nuit, au bord de l’explosion j’ai oublié ma mission.

S’il me fallait choisir, c’est ta main que je préfèrerais, car elle est douce et agile, et qu’elle me plait.

Kinesthésie. La jouissance de tes instruments, sous ces mains sûres me rappelle la platonie de nos rapports.

L’un était en blanc, l’autre au Nord. Le troisième a disparu, il s’est perdu ici et là.

Jour un

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.
La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.